Bla Bla

Bilan d’une année scolaire chaotique

Bilan de mon année-3

Bonjour à tous !
Cet article est très spécial car il aborde un thème que je n’ai presque jamais abordé ici, et c’est mon métier d’enseignante. Vous en avez un peu entendu parler si vous me suivez de près sur Instagram, mais je ne rentre jamais dans les détails. La fin de l’année est maintenant terminée, elle n’a vraiment pas été simple pour moi et j’ai envie d’y revenir et de faire un bilan. Je le fais avant tout pour moi, pour me permettre de tourner une page, profiter de mes vacances pour me ressourcer et pouvoir commencer l’année prochaine dans les meilleures conditions possibles. Je ne m’attends pas à ce que beaucoup de personnes lisent cet article jusqu’au bout et je comprends tout à fait que vous ne soyez pas intéressés, mais si vous voulez en savoir plus sur mon travail, c’est l’occasion 😉

Si je ne communique sur mon travail que très rarement, c’est simplement car mes élèves qui ont en théorie entre 15 et 18 ans (et en pratique entre 15 et 23 ans) sont très actifs sur les réseaux sociaux, sont souvent au courant de mes activités sur le net et certains me suivent même. Je ne tiens donc pas à ce qu’ils puissent se reconnaître dans ce que je vous raconte et c’est pourquoi je tais cet aspect de ma vie alors que je vous raconte à peu près tout le reste dans mes Insta Stories.

Premièrement, pour poser le contexte, je travaille dans une école un peu particulière. Il s’agit d’une école dépendante de l’Etat, mais dont beaucoup de personnes ne connaissent même pas l’existence. Nous accueillons pendant une année des élèves étant arrivés à la fin de leur scolarité obligatoire (à l’âge de 15 ans en Suisse) et n’ayant pas trouvé de place de formation en école ou en apprentissage. Le but de cette année est de renforcer leurs connaissances scolaires, de les préparer aux réalités du monde professionnel et surtout, de les aider et les coacher afin qu’il décrochent une place de formation. Sur le papier, c’est passionnant, dans la réalité ça l’est aussi, mais c’est parfois très compliqué.

J’ai plusieurs rôles dans cette école. Mon rôle le plus important est celui de maîtresse de classe. J’ai donc 20 élèves que je dois suivre de près pour m’assurer qu’ils avancent bien dans leurs démarches professionnelles, mais pour lesquels je dois aussi gérer tout le côté disciplinaire qui peut s’avérer parfois plus que compliqué. J’enseigne ensuite les mathématiques à ma classe, puis l’option d’économie aux élèves qui se destinent à se former dans le domaine commercial.

Bilan de mon année

Lundi dernier, je leur ai dit adieu et pour la première fois depuis que j’enseigne, je n’ai pas eu le moindre pincement au coeur. Jusqu’alors, chaque année, j’avais été triste de laisser mes élèves que j’avais accompagnés et avec qui j’avais partagé des bons moments, nous avions parfois galéré ensemble pour leur trouver des places, ils avaient fait preuve de tellement de persévérance, s’étaient battus en envoyant des dizaines voire des centaines de dossiers de candidature pour obtenir l’apprentissage qu’ils voulaient même si au premier abord, ils n’avaient pas exactement le profil attendu. Je m’étais aussi parfois battue pour eux en les préparant aux entretiens qu’ils allaient avoir, en leur expliquant comment se comporter en stage et en appelant de potentiels futurs patrons pour essayer de les convaincre d’engager cet élève que je trouvais tellement génial. Après tous ces efforts, apprendre qu’un jeune avait finalement été engagé comme apprenti était un réel moment de joie et de soulagement et ces moments ont fait partie de mes plus belles joies en tant qu’enseignante et ce sont ces moments qui me portent et font que je trouve mon métier magique.

J’avais aussi créé des liens avec eux, je leur racontais mes voyages et ils me parlaient de leur vie. J’ai entendu leur récit de vie que personne n’envie, les histoires de personnes qui ont voyagé pendant des années pour fuir la guerre avant de trouver une terre d’accueil, certains ont perdus leurs parents, d’autres ont laissé leur famille derrière eux. J’ai été impressionnée par la force de ces jeunes, à peine majeurs seuls dans un pays inconnu et qui ont la force de se lever chaque matin pour venir à l’école alors que personne n’est là pour les réveiller, leur préparer leur petit-déjeuner, les aider à faire leurs devoirs. J’ai vu une volonté de réussir, de travailler et d’apprendre dans un contexte où tout est compliqué puisque non seulement ils sont seuls, mais en plus, ils découvrent une langue, une culture et un mode de vie qui ne sont pas les leurs.

Bien sûr, ces élèves ne représentent pas la majorité de ma classe. Cette année, j’en ai eu quatre, l’année dernière un. Le reste de mes élèves représente des jeunes qui ont été scolarisé en Suisse depuis petit et qui savent a priori ce qu’on attend d’eux.

Mais cette année, ce sont ces élèves, en Suisse depuis leur naissance, qui m’ont épuisée à plusieurs reprises, au point que j’ai plusieurs fois pensé à changer de travail. Je me suis retrouvée face à des élèves qui ne savaient pas gérer leurs émotions, qui partaient dans des colères noires à la première remarque anodine, qui pensaient qu’il était normal d’insulter les camarades à tous va, de remettre constamment en question leurs enseignants, de dormir pendant les cours, de ne pas dire bonjour ni au revoir, d’insulter les enseignants, de leur parler de manière familière et même de les tutoyer. Et ce qui m’a encore plus démoralisée était le manque de réaction des parents. « Je n’y peux rien, il est comme ça, il faut essayer d’être compréhensif avec lui », voilà la réponse qui m’a été donnée dans plus de la moitié des cas. Ce ne sont que des exemples, mais j’ai vu des élèves qui ne faisaient aucune différence entre la rue et l’école, entre leurs potes et leurs supérieurs et surtout qui étaient incapables de respecter un cadre.

Comment vont-il faire pour tenir le coup en apprentissage, face à un patron qui leur donnera des ordres et qui exigera que le travail soit fait immédiatement sans discussion ? Les patrons ont une entreprise  faire tourner et d’autres souci que de prendre 15 minutes à négocier, à discuter et à être compréhensif avant que l’apprentie veuille bien faire ce qu’on lui demande? Ces élèves-là vous répondrons : « je serai payé, alors ce sera différent », ou plutôt « j’aurai des thunes, ce sera pas le même bail ». J’aimerais beaucoup y croire, mais je ne pense pas qu’on puisse apprendre à gérer ses émotions, à se gérer, à parler et se tenir de manière adéquate du jour au lendemain.

Cette année, je me suis surtout battue avec ces élèves-là, dans ce qu’on appelle les « compétences sociales ». J’ai mis une énergie folle à essayer de les faire évoluer en essayant de comprendre ce qui se passait dans leur tête, à discuter avec eux, à faire intervenir d’autres professionnels. J’ai aussi bien sûr dû passer par les moments beaucoup moins sympas comme les sanctions, les entretiens avec les parents et la direction et même l’exclusion pour certains. Parce que oui, nous ne sommes plus à l’école obligatoire et un élève qui ne peut pas respecter les règles, qui empêche le reste de la classe d’avancer et qui ne montre aucune volonté de s’améliorer ne reste pas chez nous. Ces moments ont été très durs pour moi, car mettre un élève dehors est une décision très difficile et qui nous met face à notre échec en tant que professionnel. Et contrairement à ce que certains parents ont pu me dire, non, je ne suis pas heureuse de mettre votre enfant dehors, non je ne dormirai pas mieux cette nuit, non je ne fous pas en l’air toutes les chances de votre enfant de trouver une place, oui des centaines d’élèves en Suisse ont été capables de trouver une place sans passer par notre école, oui je pense que le fait de virer votre enfant peut l’aider en lui faisant comprendre que son comportement a des conséquences et qu’il vaut mieux qu’il se prenne une claque maintenant que quand il sera en formation et NON PUTAIN, ce n’est pas parce que votre enfant est métisse ! (ouai… je sais…, un gros mot et en plus en majuscule, mais il fallait que ça sorte).

Je sais que nous ne pouvons pas sauver tout le monde, mais cette année, j’ai eu la sensation de perdre une énergie folle dans des causes vouées à l’échec. En tant qu’humain, mon énergie est limitée et je dois choisir à quoi la consacrer. Et cette année, je n’ai pas consacré mon énergie aux élèves qui allaient bien, je n’ai pas consacré mon énergie à faire un enseignement de qualité, je ne l’ai pas consacrée à me battre pour que mes élèves puissent trouver une place pour la rentrée prochaine, mais je l’ai consacrée à faire un travail d’éducateur, ce pour quoi je ne suis simplement pas formée. Mais j’ai beau y réfléchir encore et encore, je ne vois pas comment j’aurais pu faire autrement. Sans cadre, sans respect et sans compétences sociales, il m’est impossible de faire mon travail, celui pour lequel je suis formée et qui consiste à aider mes élèves à trouver une place de formation et à s’améliorer au niveau scolaire dans un contexte où nous sommes tous dans la même classe et où les agissements d’un élève ont une répercussion directe sur les autres.

En repensant à mon début d’année, lorsque j’ai vu les dossiers de mes élèves, j’ai eu très peur car beaucoup d’entre eux n’étaient en Suisse que depuis quelques années. J’ai eu peur de ne pas savoir gérer des élèves ne parlant que peu le français et de ne pas réussir à les insérer. Vous l’aurez compris, ces élèves là ne m’ont posé aucun problème, bien au contraire. Ils parlent tous aujourd’hui très bien le français et ont presque tous une place d’apprentissage pour la rentrée. Ils m’ont permis de voir un peu d’espoir, de me dire que malgré les difficultés et les barrières, avec de l’envie et de la persévérance on peut y arriver. Bon, d’accord, ça je le savais déjà, mais surtout, ils m’ont permis de voir que les jeunes en difficulté avec de l’envie, de la persévérance et de la bonne volonté ça existe encore !

De mon côté, je vais devoir apprendre à prendre du recul, à accepter que les échecs de mes élèves ne sont pas les miens et surtout à garder de l’énergie pour la consacrer à des graines qui sauront germer et grandir. Il faut bien se l’avouer, l’enclassement en début d’année peut un peu s’apparenter à de la loterie, mais dans tous les cas, il faut faire avec les numéros tirés. Cette année, j’ai eu un peu trop de cas compliqués pour réussir à tout gérer dans de bonnes conditions et j’ai vraiment espoir que l’année prochaine se passe mieux avec les enseignements que j’ai pu en tirer. Si tel n’est pas le cas, j’abandonnerai probablement mon rôle de maîtresse de classe et peut-être que je me consacrerai davantage à un monde de paillettes et de bonne humeur !

Bilan de mon année-4

Allez, maintenant tout ça est derrière moi, et pendant un mois, on se retrouve sur Insta pour mon mega roadtrip américain ! Vous serez avec moi ?

Vous pourriez également aimer

1 commentaire

  • Répondre
    Zaëlle
    5 juillet 2018 at 15:50

    C’est un chouette article et je comprends ton envie de l’écrire, de vider ton sac et de faire part de ton incompréhension face au comportement de ces élèves. J’avais eu la même démarche il y a quelques années quand je bossais dans le commerce avec le comportement des clients.
    J’ai l’impression d’entendre de plus en plus d’histoires à propos de jeunes qui ne savent pas gérer leurs émotions et que personne n’arrive à discipliner, à qui on ne parvient pas à provoquer une prise de conscience. Une de mes soeurs a notamment ce problème. Je ne sais pas si c’est un phénomène de société ou quoi, je me demande quels sont les facteurs qui amènent à ça, mais je comprends ton sentiment de frustration. On se sent vraiment impuissant face à cette situation et ça pompe beaucoup d’énergie. Je te souhaite de pouvoir recharger tes batteries en vacances en tout cas! Bisous

  • Laisser un commentaire